Comment Facebook peut mettre en péril le business de Google

Comment Facebook peut mettre en péril le business de Google

Voici une traduction de l‘article publié le 3 Juin 2011 sur le site de Techcrunch USA par Ben Elowitz. Une analyse et une réflexion qui posent le sujet de la redistribution des cartes dans le domaine des adwords et liens sponsorisés. Pour Ben Elowitz, Facebook fait partie du futur de l’internet et Google des dinosaures du web des années 2000.

Retrouvez cet article en version originale en cliquant : ici

Ben Elowitz ( @ Elowitz ) est co-fondateur et PDG de Wetpaint , un éditeur en ligne avec une audience de 10 millions de visiteurs uniques par mois, et auteur du blog Digtal Quarters.

 

« Très récemment, j’ai été surpris d’entendre l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, déplorer publiquement les occasions ratées et perdues qui lui avaient été offertes pour rattraper Facebook.

J’ai souvent envié Google et le vaste empire numérique que Schmidt commandait. Google avait l’un des monopoles les plus complexes de tous les temps. Il avait la base de données la plus impressionnante du monde jamais vu; l’algorithme le plus sophistiqué qui donnait un sens à nos recherches, une audience d’un milliard d’internautes qui expriment leur intérêt et plus d’un million d’annonceurs qui misent furieusement au jeu des enchères publicitaires pour toucher les consommateurs au bon moment.

De plus, Google avait remporté la récompense suprême : des rendements d’échelle croissants. Seul Google pouvait se permettre des investissements aussi énormes en R & D, avec des volumes de requête toujours plus gigantesques, tout en proposant aux annonceurs la possibilité de toucher leur cible avec un seul clic acheté. Google a mérité son succès.

Il s’est forcé à toujours être plus malin. Il a été. Et il a gagné.

La force du modèle de Google était considérée comme un acquis, si bien que même ses concurrents disposant d’importants moyens tels que Yahoo et Microsoft ont jetés l’éponge et ont cessé de tenter de surpasser Google avec son savoir faire sur les algorithmiques.

Et c’est pourquoi je pensais que rien ne pourrait arrêter Google jusqu’à ce que je réalise une chose très importante : malgré le fait que Google ne rechigne pas à la dépense pour garder une qualité dans l’actualisation de l’indexation des pages qui changent souvent toutes les heures, voire en quelques minutes, et malgré ses efforts dans la recherche en temps réel (y compris la recherche dans le flux d’informations très rapide de Twitter), sa prédominante mégabase de données est morte, alors que le Web, lui, est chaque jour de plus en plus dynamique et énergique, vivant.

En effet, la très vénérée et inégalée mégabase de données de Google s’apparente de plus en plus à une relique archéologique du passé à l’image de la Mer Morte et son calme inquiétant, face à la fraîcheur et à la respiration de l’organisme vivant qu’est le Web social.

Tels des archéologues poussiéreux et déterminés, les énormes shopbots (les robots collecteurs de données) de Google explorent le Web à la recherche de vestiges de la civilisation numérique. Ce qu’ils y découvrent n’est que fossiles ; dans la forme des pages et des liens : il y découvrent les éléments de vie passée des internautes auteurs, contributeurs, et éventuels lecteurs qui ont laissé des traces d’eux-mêmes dans les maigres crevasses et sombres recoins de l’Internet. Google analyse sans cesse ces vestiges du passé proche ou lointain, et pourtant il n’a quasiment pas de connaissances ne serait-ce que sur l’un des utilisateurs qui a créé ce contenu ou de ceux qui sont à la recherche de ce contenu.

Arrive Facebook.

Depuis sa création en 2004, Facebook a mis l’accent sur les possibilités d’interactions sociales, et non sur la recherche. Et déjà, à ce niveau, Facebook a une plate-forme qui reconnaît plus de 600 millions de personnes, avec leur identité, leurs centres d’intérêts et leurs activités en ligne. La croissance organique et continue de la société depuis la simple application vers l’émergence d’un système d’exploitation social lui a permis de connaître ses utilisateurs, non seulement sur le domaine Facebook.com, mais aussi sur d’autres sites, au gré de leur navigation sur l’Internet.

Alors que Google a amassé une base de données incroyable comprenant les liens entre la plupart des pages vestiges sur la planète Web, Facebook possède un atout qui est beaucoup plus précieux : les liens, en temps réel entre les personnes et le Web.

Qu’est-ce que cela signifie et quelles sont les conséquences, aujourd’hui ?

Facebook a désormais un trésor de données très précises qui, s’il est très bien utilisé, pourrait mettre Google en péril.

Oui, mettre Google en péril. Voici pourquoi :

Les données de Facebook permettent de faire bien plus que de simplement deviner ce qui intéresse ses utilisateurs : les données peuvent aider Facebook à connaître avec plus de certitude ce que ses clients souhaitent vraiment. Et cette différence fondamentale pourrait donner à Facebook un avantage énorme dans la recherche s’il décidait d’aller dans ce sens.

Si le business de Google repose sur le fait de choisir quelles pages Web, par rapport à toutes celles qui existent dans cet univers, sont les plus à même de répondre à toutes les recherches des utilisateurs (anonymes), pensez à ceci : Facebook sait déjà, pour la plupart des utilisateurs, qui demandent quelles pages précisément et directement.

Et mieux, Facebook connaît chacun de nos comportements individuels et collectifs assez bien pour prédire ce que nous souhaitons sans pour autant nous exprimer clairement.

Pensez-y: Facebook peut appliquer la même recette qu’Amazon utilise pour augmenter les probabilités d’achats en suggérant et en répondant, à chaque minute, à des actions interactives de la part de ses acheteurs. Alors qu’Amazon repose sur un comportement global, Facebook ajoute dans les habitudes intimes de chaque individu celles de leurs amis et des personnes aux comportements similaires, qu’ils n’ont parfois jamais rencontrées dans le monde réel. Et chacun d’eux est connecté et identifié comme une personne réelle.

Lorsque Google est né, son avantage découlait de sa capacité à collecter et analyser des données de qualité. Alors que certains annuaires et moteurs de recherche continuaient à regarder, en véritables myopes, le contenu de chaque page sur le Web comme un élément essentiel, Google considérait que les liens entre les pages avaient plus de pertinence et de ce fait plus de valeur que les pages elles-mêmes. Tout d’un coup, la vue myope d’acteurs comme AltaVista et Yahoo a commencé à ressembler à une analyse très limitée et monolithique. Et c’est qui a donné naissance à ce marché désormais mature de la recherche en liens payants. Ce marché représente un marché publicitaire de plus de 20 milliards de dollars.

Dans les dernières semaines, Google a indiqué l’importance que revêt Facebook, et d’une manière plus large les réseaux sociaux, par rapport à ses propres ambitions toujours aussi grandes. Preuve en est le lancement de nouveau service « +1 », et autre preuve celle-ci interne : l’annonce par la société que les primes seraient liées à la réussite sur le Web social.

Nous pourrions penser qu’il s’agit de saisir une nouvelle opportunité de marché. Mais, croyez-moi, ce n’est pas le cas. En réalité, c’est surtout la reconnaissance par Google que Facebook a le genre d’avantage sur Google que Google avait sur ses concurrents.

Et Google a raison d’avoir peur. Vraiment raison.

Mais, si la vérité doit être dite, il faudra beaucoup plus de mesures telles que le « +1 » pour prendre en compte la toute nouvelle dimension humaine sur Internet. Après tout, l’organisme humain est le territoire de Facebook et représente un espace vert totalement inconnu à la tondeuse à gazon algorithmique de Google…. Google serait-il myope à son tour ? »

cette analyse de Ben Elowitz force la réflexion auprès des professionnels du e-marketing que nous sommes sur la manière d’appréhender ce changement d’époques, afin de passer de manière efficace du web monolithique des liens sponsorisés et de la course au référencement naturel optimisé à la construction de liens durables, réels et utiles entre,et pour, les utilisateurs des réseaux sociaux que nous sommes…

il ne faudra pas oublier également d’observer et de bien écouter dans ce nouveau paysage qui se dessine le gazouillis du petit oiseau twitter !