Les réseaux sociaux : nouvelle Bastille des révolutionnaires ?

Les réseaux sociaux : nouvelle Bastille des révolutionnaires ?

Le cas de la Tunisie

Le but de cet article n’est en aucun cas de politiser le débat. Il s’agit ici de comprendre le rôle d’internet dans les révolutions en cours dans les pays Arabes et notamment le rôle des réseaux sociaux.

Dans le discours qu’il a prononcé à la télévision, moins de 24 heures avant sa fuite, le président Ben Ali ordonnait, le 13 janvier, « la pleine et entière liberté pour la presse et le libre accès aux sites Internet ». Pour la première fois dans l’histoire d’Internet, un gouvernement mettait ainsi fin à une politique de censure du Web sous la pression d’un peuple. Cette déclaration, qui place la liberté d’accès à l’Internet au même rang que la liberté de la presse, constitue une nouvelle étape dans la jeune histoire de l’Internet politique. Elle illustre surtout le rôle décisif joué par Internet dans la chute d’un régime qui pensait contrôler efficacement le web. Car ce ne sont pas les médias traditionnels qui nous ont fait prendre conscience de l’ampleur du mouvement, mais bien les messages reliés par Twitter, Facebook (près de 2 millions de tunisiens, soit 18 % de la population y sont) et les blogs de tunisiens sur place ou de la diaspora.

 

Il faut dire que la Tunisie, classée parmi les ennemis d’Internet parReporters sans frontières, était connue pour ses méthodes pernicieuses de filtrage du web et de censure électronique. Le pays, dont près de la moitié de la population a moins de 25 ans, compte plus du tiers de sa population connectée à l’Internet, et les cyber cafés y sont légion (l’heure de connexion coûte en moyenne entre 50 centimes et 1 euro).

Malgré cela il n’a jamais été question d’associer Internet et liberté d’expression en Tunisie où la bande passante appartient à l’Agence tunisienne d’Internet (ATI), contrôlée par le gouvernement, qui impose un filtrage sévère et où les 12 fournisseurs d’accès à Internet, privés ou publics, sont tous contrôlés indirectement ou non par le régime. Les connexions Internet privées par satellite sont interdites pour les particuliers et se font uniquement via des lignes de téléphones fixes. Afin de mieux surveiller les dissidents, les connexions sont individualisées. Un utilisateur garde la même adresse IP, qu’il se connecte de chez lui ou depuis son lieu de travail. Les boîtes e-mails sont également sous surveillance.

Une surveillance en ligne qui a valu à Tunis d’être rappelé à l’ordre, début janvier, par le Département d’Etat américain qui s’inquiétait de « récents rapports indiquant que les providers tunisiens attaquaient les comptes d’utilisateurs tunisiens de compagnies américaines, dont Facebook, Yahoo et Google ».

« Même s’il est sous haute surveillance, même s’il est entouré de barbelés, Internet est devenu un titan que rien ne peut arrêter », assurait Taoufik Ben Brik, un journaliste d’opposition. « Partager! » Tel était l’objectif de tous ceux qui, dans les manifestations, prenaient des photos ou filmaient les scènes d’émeute. Des scènes parfois violentes qui ont circulé sur le web et ont permis à l’opinion publique de prendre conscience de l’ampleur du mouvement. Sans l’Internet, les émeutes de la petite ville de Sidi Bouzid se seraient-elles répandues comme une trainée de poudre dans tout le pays ? Les images auraient-elles circulé à travers le monde ? La réponse est clairement non.

Aux côtés des sites qui se font les porte-voix des opposants, comme le site Kalima, magazine indépendant fondé en 2000, et censuré depuis dans son pays, il y a eu tous ces internautes et blogueurs, comme Lina Ben Mhenni, auteur du blog « A Tunisian girl ». Elle a relayé les manifestations et énuméré les exactions policières, « mis en ligne les photos de cinq «martyrs» vraisemblablement tués à Regueb, une ville située à une trentaine de kilomètres de Sidi Bouzid, où ont démarré les manifestations contre le chômage à la mi-décembre », détaille Libération. Elle a également répercuté les arrestations des blogueurs et activistes Slim Amamou, Aziz Amami, Hamadi Kaloutcha, ainsi que du leader étudiant Wissem Sghaier. Même chose pour les photos et les vidéos réunies sur le site indépendant Nawaat.org, qui a dédié une page spéciale à l’actualité. Fondé en 2004, Nawaat dispose aussi d’un compte Twitter. « Nous avons en moyenne 80 000 visiteurs uniques par jour, c’est huit fois plus que d’habitude. C’est un mouvement d’ampleur qui touche tout le monde », témoigne à Libération Malek Khadhraoui, un des trois administrateurs du site.

En France même, les informations transmises heure par heure via Twitter par des membres de la diaspora comme @soniabess, ont permis d’alerter l’opinion publique.

L’Internet a, une nouvelle fois, démontré sa capacité à accélérer le cours de l’Histoire en permettant à l’information de circuler, même à partir de l’un des pays les plus cyber-surveillés au monde.

Source : http://www.forum-edemocratie.com

Publié le 15 janvier 2011

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